mardi 9 novembre 2010

Une "petite orange amère" à dévorer

Au bord de la mer, sur la grève,
Nerrantsoula foundoti !
Une vierge rinçant sa jupe,
Nerrantsoula foundoti !


Cette petite chanson grecque revient tel un hymne tout au long du livre de Panaït Istrati, Nerrantsoula. Hymne à l'enfance et à l'amour, ce roman est un délice. La présentation faite par Apostolis Monastirioty au début du livre nous met l'eau à la bouche. Au fil des pages, nous ne sommes pas déçus.
Nerrantsoula est le nom d'une jeune orpheline, donné par son amoureux Marco, le narrateur, et qui signifie "petite orange amère". Nerrantsoula est dans cette histoire objet d'amour, de désir et de rivalité pour deux jeunes hommes, mais aussi symbole de l'enfance, de la liberté et de la féminité. Nerrantsoula est celle qui aime sans compter, et sans choisir entre Marco le juif et Epimonda le grec, elle nous pose la question universelle ainsi qu'à ses deux amoureux, comment faut il aimer ? Est-ce dans le désir de possession charnel ou dans l'abandon de soi?
C'est une histoire qui nous parle de l'enfance et de ses répercussions à l'âge adulte, sur la façon qu'on a d'aimer en fonction de comment l'on a été aimé. Ce livre est aussi un hommage au verbe, à la force des mots simples et forts, Panaït Istrati utilise peu de mots pour raconter, et cette sobriété apporte une beauté et une émotion supplémentaire: son écriture est aussi simple et envoûtante que la silhouette de Nerrantsoula, et par moment aussi implacable et violente que les eaux du Danube, omniprésent dans le roman. C'est surtout le regard plein de bonté et de fraîcheur d'un homme, Panaït Istrati, sur la vie, sans en omettre la gravité et parfois l'horreur. Son esprit réside en cette citation (p.36) : " J'aurai donné toute ma santé inutile pour prolonger ce bonheur (...). Éternel, soit loué ton oeuvre ! Nous la jugeons imparfaite, parce que nous sommes stupides, mais pardonne et ne t'occupe pas de notre mesquine jugeote ! Une seul chose est à regretter: Que tu n'aies pas pensé à nous mettre un second coeur à la place de cette pauvre cervelle, si encombrante ! "
Hymne à l’enfance et à l’amour, ce livre monte en intensité. Magnifiquement écrit, on entend les enfants jouer sur les rives du Danube, le vent dans les cerfs volants mais aussi le désarroi des personnages, leurs peines, leurs peurs, leurs incompréhensions…
Panaït Istradi a écrit ce livre en français. Nerrantsoula est paru en 1927 sous le titre : Le refrain de la Fosse, accompagné d’un avertissement disant qu’il avait dû inventer un titre dare dare car l’éditeur ne pensait pas que les lecteurs puissent retenir le titre Nerrantsoula.
Panaït Istrati, Nerrantsoula, 2009, éd. Gallimard, collection Imaginaire, 5,90€.

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