dimanche 14 novembre 2010

A la découverte de... Curtea de Arges

Curtea de Arges est une ville de la région de Valachie, en Roumanie, située sur la rive droite de l'Arges, qui coule dans une vallée des Carpates, des monts Fagaras. Cette cité est l'une des plus anciennes de Roumanie. Selon la tradition, elle a été fondée au début du XIVe siècle par le prince de Valachie Radu Negru (Rodolphe le Noir) et a remplacé sa capitale Câmpulung. D'où son nom Curtea (la Cour).
Monument historique
La principale église est celle du monastère, fondé en 1514 par Negoe Basarab, devenue église épiscopale. La légende attachée au rôle du maître d'oeuvre, Manole, a contribué
au rayonnement de ce monument qui est encore aujourd'hui l'un des plus importants et des plus visités de Roumanie, également nécropole royale puisqu'elle abrite les tombes des premiers couples de rois et reines de Roumanie. Son architecture extérieure est d'inspiration byzantine, mais la restauration effectuée au XIXe siècle par André Lecomte du Nouy, un architecte français, si elle a permis au bâtiment de retrouver son lustre d'origine, a entraîné la destruction de la plupart des fresques intérieures.
L'église qu'on voit aujourd'hui n'est pas la création originale de Manole de 1517, mais une reconstitution de 1875-1876 faite par le Français Lecomte de Nouy qui y a ajoutés tous les éléments pseudo-maures.
Le monastère est bâti en pierre d'Albesti, marbre et mosaïque apportés de Constantinople par Neagoe Basarab (1512-1521). Ces matériaux confèrent au bâtiment l'aspect classique harmonieux d'une église orthodoxe, cependant, certains éléments apportent une touche d'originalité.
Une autre église importante est la Biserica Domneasca (église princière) construite par Mircea l'Ancien (Mircea cel Batrân), qui a été complètement rénovée en 2003-2004.
Elle ressemble à une citadelle de pierre, connectée à travers des souterrains à une tour de garde sur la colline avoisinante. La toute petite église des potiers Biserica olari présente de belles fresques extérieures.
La légende
Elle raconte qu'un jour, un prince de Valachie très riche et dévot, le Prince Noir, partit avec neuf maçons et leur maître Manole à la recherche d'un endroit pour faire dresser une église plus belle qu'on avait jamais vue. Les maçons se mirent à travailler, mais chaque fois qu'ils leur restaient à achever le toit, les murs s'effondraient avant qu'ils y fussent parvenus. Alors, pour réussir à finir leur travail, ils décidèrent de sacrifier le premier être humain qu'ils allaient voir.
C'est là qu'arriva la femme de Manole venue apporter le repas à son mari, de sorte qu'il dut tenir sa promesse et emmurer sa propre femme tant qu'elle était encore vivante. Aujourd'hui encore on peut voir la place du sacrifice entre les deux murs de la façade du sud de l'église.
C'est ainsi qu'ils parvinrent à achever le couvent. Le prince fut ravi du résultat. Et ne permit pas à Manole de bâtir une autre église comme la sienne. Aussi fit-il enlever l'échafaudage, en abandonnant Manole sur le toit. En essayant de s'échapper, il chutât et mourut. A cet endroit, une source aurait jailli. appelée la "fontaine de Manole". Les hommes y jettent des pièces pour que leurs désirs s'accomplissent.

samedi 13 novembre 2010

Plongée dans l'atelier de Brancusi


Constantin Brancusi Autoportrait dans l'atelier, vers 1933-34
Négatif gélatino-argentique sur verre, 12 x 9 cm

Vue de l’atelier Brancusi, reconstitué par Renzo Piano, 1997
© Adagp, Paris

Certains éléments de ces photos vous mettent peut-être la puce à l'oreille. Eh oui, c'est bien de Constantin Brancusi dont nous allons parler aujourd'hui ou plutôt de l'exposition qui lui est consacré au Centre Georges Pompidou, à Paris. Une collection constituée de 137 sculptures, 87 socles, 41 dessins, deux peintures et plus de 1600 plaques photographiques de verre et tirages originaux est présentée.
Constantin Brancusi est né en Roumanie en 1876, dans un petit village d’Olténie aux pieds des Carpates, au sein d’un monde rural et archaïque. Très jeune, il quitte son village natal et, en 1894, entre à l’École des arts et métiers de Craiova où il est admis l’année suivante dans l’atelier de sculpture puis dans celui de sculpture sur bois. En 1898, il entre à l’École des Beaux-arts de Bucarest. En 1904, il traverse une partie de l’Europe pour rejoindre Munich, où il s’arrête quelque temps à la Kunstakademie, avant d’arriver à Paris le 14 juillet.
Dès son arrivée à Paris, il poursuit sa formation à l’École des Beaux-arts dans l’atelier d’un sculpteur académique reconnu : Antonin Mercié. En 1906-1907, diplômé des beaux-arts, il expose au Salon d’Automne. Auguste Rodin, président du jury, remarque son travail et lui propose de devenir metteur au point dans son atelier. A cette époque Rodin jouit d’une reconnaissance internationale et près de cinquante assistants travaillent pour lui.
Un mois dans l’atelier de Rodin lui suffit pour estimer qu " il ne pousse rien à l’ombre des grands arbres ".
Suit une période difficile pour définir son propre engagement d’artiste : " Ce furent les années les plus dures, les années de recherche, les années où je devais trouver mon chemin propre ".
Brancusi est issu d’un monde archaïque et d’une tradition millénaire de la taille du bois. Pour le sculpteur, " c’est la texture même du matériau qui commande le thème et la forme qui doivent tous deux sortir de la matière et non lui être imposés de l’extérieur ". D'où la différence essentielle avec Rodin. Brancusi n'est pas un créateur mas un intercesseur, capable de révéler au sein du matériau qu’il utilise " l’essence cosmique de la matière ".

Le paradoxe de la modernité

Après avoir découvert les thèmes majeurs de son œuvre entre 1909 et 1925 (Le Baiser, L’Oiseau, La Colonne sans fin, Les Coqs…), Brancusi ne fera que les reprendre inlassablement, souvent avec d’infimes variations.
Au sein de la modernité en train de se constituer, les mouvements d’avant-garde ont peu d’influence sur son travail. Il est davantage intéressé par les bois sculptés de Gauguin. En réalité, il ne rencontre pas vraiment de modèle dans la sculpture occidentale et, comme le font nombre d’artistes de son époque, il s’intéresse à d’autres civilisations.
Dans le même temps, il est profondément ancré dans une pensée qui structure tout l’art du vingtième siècle, depuis Kandinsky, Mondrian ou Malevitch, jusqu’à Yves Klein, Richard Serra ou les artistes minimalistes américains des années soixante.
La sérialité potentiellement infinie des Colonnes et l’importance que Brancusi accorde à la perception de l’espace dans lequel ses œuvres s’inscrivent définiront une grande partie de la sculpture contemporaine à partir des années cinquante.
Autre correspondance avec la modernité : en 1926, lors de son premier voyage à New York, Brancusi souhaite ériger une Colonne sans fin monumentale au cœur même de Central Park. En 1956 c’est une Colonne haute de 400 mètres qu’il souhaitera réaliser à Chicago.

L’atelier, son oeuvre

Depuis l’unique atelier du 8 impasse Ronsin, jusqu’à l’ensemble des ateliers du numéro 11 tels qu’ils ont été légués par l’artiste avant sa mort, Brancusi a accordé une importance capitale à la relation de ses sculptures avec l’espace qui les contient. Dès les années 1910, en disposant des sculptures dans une étroite relation spatiale, il crée au sein de l’atelier des œuvres nouvelles qu’il nomme groupes mobiles, signifiant ainsi l’importance du lien des œuvres entre elles et les possibilités de mobilité de chacune au sein de l’ensemble.
En 1922, Brancusi n’a pu se rendre à New York pour l’exposition Exhibition Contemporary French Art où vingt-et-une de ses sculptures sont exposées. Des photographies de la présentation de ses œuvres lui sont envoyées. Disposées contre les murs et mélangées à celles d’autres artistes, elles lui apparaissent comme des objets inertes tant elles ont perdu leur capacité d’expansion dans l’espace. Cet incident le conforte dans l’idée que l’atelier est un espace privilégié pour l’élaboration et la perception de ses sculptures.
A partir des années vingt, l’atelier devient le lieu de présentation de son travail et une œuvre d’art à part entière, un corps constitué de cellules qui se génèrent les unes les autres. Cette expérience du regard à l’intérieur de l’atelier vers chacune des sculptures pour constituer un ensemble de relations spatiales conduit Brancusi à remanier quotidiennement leur place pour parvenir à l’unité qui lui parait la plus juste.
A la fin de sa vie, Brancusi ne produit plus de sculptures pour se concentrer sur leur seule relation au sein de l’atelier. Cette proximité devient si essentielle, que l’artiste ne souhaite plus exposer et, quand il vend une œuvre, il la remplace par son tirage en plâtre pour ne pas perdre l’unité de l’ensemble.

Exposition jusqu'au 25 janvier 2011, de 14 h 00 à 18 h 00, Galerie de l'Atelier Brancusi. Entrée libre.

vendredi 12 novembre 2010

Le Danube en sommet

Quatorze pays dont huit membres de l'UE, vingt-deux délégations. Un point commun : être traversé par le Danube. Réunis en sommet à Bucarest, autour de Jose Manuel Barroso, ils ont discuté d'une " Stratégie Danube " interne à l’UE, à laquelle vont participer les pays non-membres traversés par le fleuve. Cette stratégie vise à améliorer les connections, la protection des ressources en eau, le développement socio-économique et les capacités de gestion administrative.
José Manuel Barroso a affirmé que cette stratégie allait permettre de créer un partenariat stable entre tous les Etats qui ont des intérêts communs, qu’ils soient ou non membres de l’UE, ce qui devrait réduire les écarts de prospérité entre les pays riverains du second fleuve d'Europe. " Nous nous confrontons à une vraie provocation ", a-t-il déclaré, " celle d’accélérer le processus de dépassement des disparités régionales, et dans ce contexte la Stratégie du Danube est une vraie innovation politique ".
Pour la Roumanie, l’enjeu est notamment de pouvoir concrétiser et financer les nombreux projets liés au Danube, le principal étant la réalisation d’un canal Danube-Bucarest.
Par ailleurs, le chef de l'Exécutif roumain a mentionné que la Roumanie souhaite que la Région danubienne devienne dynamique, prospère et compétitive, rappelant, à ce propos, une série d'objectifs d'intérêts pour notre pays : la mise en place d'un réseau intégré de transport et d'un système de monitorage de la protection de l'environnement fondé sur des technologies innovantes, la promotion du Delta du Danube et du tourisme, de certains projets d'infrastructure, comme, par exemple, une ligne de chemin de fer rapide Vienne - BudapestBucarest-Constanta ou la construction de deux nouveaux ponts sur le Danube.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'est déclaré content des relations de collaboration roumano- hongroises et apprécié les efforts déployés par la Roumanie en vue de son adhésion à l'Espace Schengen.

Accord frontalier entre la Roumanie et la Moldavie

Lundi, la Roumanie a signé un traité portant sur la frontière avec la République de Moldavie, le seul pays voisin avec lequel aucun accord n'existait jusqu'ici. " Nous souhaitons que cette frontière disparaisse graduellement ... et devienne une frontière interne de l'Union européenne ", a déclaré Teodor Baconschi, ministre roumain des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse avec Vlad Filat, Premier ministre moldave. Et d'ajouter : " De cette manière, nous coupons court aux allégations obsessionnelles de certains cercles politiques moldaves concernant un imaginaire agenda irrédentiste de la Roumanie ".
Le traité bilatéral est le fruit d'un processus de négociations entamé en 2003. Il concerne le régime frontalier, la coopération et l'assistance mutuelle dans les affaires frontalières. " Il va apporter des réglementations européennes ", précise Vlad Filat, soulignant que la Moldavie se trouverait bientôt aux frontières de l'espace Schengen, une fois que la Roumanie y sera admise.
Une signature salué par Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne : " Ce mouvement est un excellent exemple de ce qui peut être accompli lorsqu'il existe un intérêt mutuel ".
Rappelons que la Roumanie a été le premier pays à établir les relations diplomatiques avec la Moldavie après que cette dernière eut déclaré son indépendance de l'Union soviétique en août 1991, mais les autorités roumaines ont refusé durant 19 ans de signer un traité de démarcation des frontières avec ce nouveau pays, alors que les autorités moldaves ont insisté à maintes reprises pour signer un tel document.

(avec AFP)

A la découverte de... l'histoire roumaine

L'histoire de la Roumanie n'est pas inscrite dans les programmes scolaires, n'est pas au coeur de l'actualité. Pour autant, pour mieux connaître un pays, il est selon moi, indispensable de s'intéresser à son passé.
Aujourd'hui, je vous invite donc à plonger dans un condensé d'histoire. Celui de Jean-Yves Conrad. En un peu plus de cent pages, l'auteur présente ce territoire lointain et pourtant si proche de la France.
La création de l'État roumain moderne date du XIXe siècle, son territoire actuel du XXe siècle, et résulte de la réunion des anciennes principautés médiévales : Valachie, Moldavie (1859) et Transylvanie (1918). Mais les Roumains s'identifient surtout par leur langue latine et se considèrent volontiers comme les héritiers de l'ancienne Dacie (pays des Thraces du nord, conquis par l'empereur romain Trajan en 106) et de l'Empire romain.
Une autre composante de l'identité roumaine dérive de l'Empire byzantin, dont les Roumains ont hérité leur foi, orthodoxe à plus de 85%. À l'époque moderne, c'est la France des Lumières qui a inspiré, en 1859, la création de la Roumanie avec ses idéaux d'émancipation et de progrès. La monarchie constitutionnelle initiale a évolué en démocratie parlementaire entre 1918 et 1938, puis un régime autocratique s'installa, bientôt suivi par deux totalitarismes qui ont lourdement marqué le pays : fascisme des années 1940, et communisme initialement imposé par l'Union soviétique dans la seconde moitié du XXe siècle jusqu'en 1989, année de la chute de la République socialiste de Roumanie.
Pendant la période de transition qui a abouti à son adhésion à l'Union européenne le 1er janvier 2007, la société roumaine a été bouleversée dans les domaines politique, économique et culturel entre des courants traditionnels et des courants modernes.

Jean-Yves Conrad, Petite histoire de... la Roumanie : histoire, culture, économie, éd du Dauphin, 2007, 9 €.

jeudi 11 novembre 2010

Mais qui dirige la Roumanie?

Cette question est le titre d'un article paru sur le site presseurop.eu
Elle peut paraître surprenante mais elle mérite d'être posée dans un pays où la corruption est encore une réalité.
Tout commence par la publication d’enregistrements téléphoniques impliquant de grands patrons des médias, des responsables politiques et des journalistes révèle au grand jour les relations incestueuses de la scène politique roumaine.
Les théories du complot se multiplient. Les fuites dans la presse aussi. Le but? Pour le président, détourner l'attention du public des problèmes du pays. Pour ces détracteurs, la vengeance semble plus personnelle. Lors des révélations, lecteurs, auditeurs et téléspectateurs roumains ont découvert un monde de gangsters corrompus où les dirigeants politiques n’ont qu’insultes et allusions sexuelles à la bouche.

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/381291-mais-qui-dirige-la-roumanie

mardi 9 novembre 2010

Une "petite orange amère" à dévorer

Au bord de la mer, sur la grève,
Nerrantsoula foundoti !
Une vierge rinçant sa jupe,
Nerrantsoula foundoti !


Cette petite chanson grecque revient tel un hymne tout au long du livre de Panaït Istrati, Nerrantsoula. Hymne à l'enfance et à l'amour, ce roman est un délice. La présentation faite par Apostolis Monastirioty au début du livre nous met l'eau à la bouche. Au fil des pages, nous ne sommes pas déçus.
Nerrantsoula est le nom d'une jeune orpheline, donné par son amoureux Marco, le narrateur, et qui signifie "petite orange amère". Nerrantsoula est dans cette histoire objet d'amour, de désir et de rivalité pour deux jeunes hommes, mais aussi symbole de l'enfance, de la liberté et de la féminité. Nerrantsoula est celle qui aime sans compter, et sans choisir entre Marco le juif et Epimonda le grec, elle nous pose la question universelle ainsi qu'à ses deux amoureux, comment faut il aimer ? Est-ce dans le désir de possession charnel ou dans l'abandon de soi?
C'est une histoire qui nous parle de l'enfance et de ses répercussions à l'âge adulte, sur la façon qu'on a d'aimer en fonction de comment l'on a été aimé. Ce livre est aussi un hommage au verbe, à la force des mots simples et forts, Panaït Istrati utilise peu de mots pour raconter, et cette sobriété apporte une beauté et une émotion supplémentaire: son écriture est aussi simple et envoûtante que la silhouette de Nerrantsoula, et par moment aussi implacable et violente que les eaux du Danube, omniprésent dans le roman. C'est surtout le regard plein de bonté et de fraîcheur d'un homme, Panaït Istrati, sur la vie, sans en omettre la gravité et parfois l'horreur. Son esprit réside en cette citation (p.36) : " J'aurai donné toute ma santé inutile pour prolonger ce bonheur (...). Éternel, soit loué ton oeuvre ! Nous la jugeons imparfaite, parce que nous sommes stupides, mais pardonne et ne t'occupe pas de notre mesquine jugeote ! Une seul chose est à regretter: Que tu n'aies pas pensé à nous mettre un second coeur à la place de cette pauvre cervelle, si encombrante ! "
Hymne à l’enfance et à l’amour, ce livre monte en intensité. Magnifiquement écrit, on entend les enfants jouer sur les rives du Danube, le vent dans les cerfs volants mais aussi le désarroi des personnages, leurs peines, leurs peurs, leurs incompréhensions…
Panaït Istradi a écrit ce livre en français. Nerrantsoula est paru en 1927 sous le titre : Le refrain de la Fosse, accompagné d’un avertissement disant qu’il avait dû inventer un titre dare dare car l’éditeur ne pensait pas que les lecteurs puissent retenir le titre Nerrantsoula.
Panaït Istrati, Nerrantsoula, 2009, éd. Gallimard, collection Imaginaire, 5,90€.