Constantin Brancusi Autoportrait dans l'atelier, vers 1933-34
Négatif gélatino-argentique sur verre, 12 x 9 cm
Vue de l’atelier Brancusi, reconstitué par Renzo Piano, 1997
© Adagp, Paris
Certains éléments de ces photos vous mettent peut-être la puce à l'oreille. Eh oui, c'est bien de Constantin Brancusi dont nous allons parler aujourd'hui ou plutôt de l'exposition qui lui est consacré au Centre Georges Pompidou, à Paris. Une collection constituée de 137 sculptures, 87 socles, 41 dessins, deux peintures et plus de 1600 plaques photographiques de verre et tirages originaux est présentée.
Constantin Brancusi est né en
Roumanie en 1876, dans un petit village d’
Olténie aux pieds des
Carpates, au sein d’un monde rural et archaïque. Très jeune, il quitte son village natal et, en 1894, entre à l’
École des arts et métiers de
Craiova où il est admis l’année suivante dans l’atelier de sculpture puis dans celui de sculpture sur bois. En 1898, il entre à l’
École des Beaux-arts de
Bucarest. En 1904, il traverse une partie de l’Europe pour rejoindre
Munich, où il s’arrête quelque temps à la
Kunstakademie, avant d’arriver à Paris le 14 juillet.
Dès son arrivée à Paris, il poursuit sa formation à l’
École des Beaux-arts dans l’atelier d’un sculpteur académique reconnu :
Antonin Mercié. En 1906-1907, diplômé des beaux-arts, il expose au Salon d’Automne. Auguste
Rodin, président du jury, remarque son travail et lui propose de devenir metteur au point dans son atelier. A cette époque
Rodin jouit d’une reconnaissance internationale et près de cinquante assistants travaillent pour lui.
Un mois dans l’atelier de
Rodin lui suffit pour estimer
qu’
" il ne pousse rien à l’ombre des grands arbres ".
Suit une période difficile pour définir son propre engagement d’artiste : "
Ce furent les années les plus dures, les années de recherche, les années où je devais trouver mon chemin propre ".
Brancusi est issu d’un monde archaïque et d’une tradition millénaire de la taille du bois. Pour le sculpteur, "
c’est la texture même du matériau qui commande le thème et la forme qui doivent tous deux sortir de la matière et non lui être imposés de l’extérieur ". D'où la différence essentielle avec
Rodin.
Brancusi n'est pas un créateur mas un intercesseur, capable de révéler au sein du matériau
qu’il utilise "
l’essence cosmique de la matière ".
Le paradoxe de la modernitéAprès avoir découvert les thèmes majeurs de son œuvre entre 1909 et 1925 (Le Baiser, L’Oiseau, La Colonne sans fin, Les Coqs…),
Brancusi ne fera que les reprendre inlassablement, souvent avec d’infimes variations.
Au sein de la modernité en train de se constituer, les mouvements d’avant-garde ont peu d’influence sur son travail. Il est davantage intéressé par les bois sculptés de
Gauguin. En réalité, il ne rencontre pas vraiment de modèle dans la sculpture occidentale et, comme le font nombre d’artistes de son époque, il s’intéresse à d’autres civilisations.
Dans le même temps, il est profondément ancré dans une pensée qui structure tout l’art du vingtième siècle, depuis
Kandinsky,
Mondrian ou
Malevitch, jusqu’à Yves
Klein, Richard Serra ou les artistes
minimalistes américains des années soixante.
La
sérialité potentiellement infinie des Colonnes et l’importance que
Brancusi accorde à la perception de l’espace dans lequel ses œuvres s’inscrivent définiront une grande partie de la sculpture contemporaine à partir des années cinquante.
Autre correspondance avec la modernité : en 1926, lors de son premier voyage à
New York,
Brancusi souhaite ériger une Colonne sans fin monumentale au cœur même de Central
Park. En 1956 c’est une Colonne haute de 400 mètres
qu’il souhaitera réaliser à
Chicago.
L’atelier, son oeuvreDepuis l’unique atelier du 8 impasse
Ronsin, jusqu’à l’ensemble des ateliers du numéro 11 tels
qu’ils ont été légués par l’artiste avant sa mort,
Brancusi a accordé une importance capitale à la relation de ses sculptures avec l’espace qui les contient. Dès les années 1910, en disposant des sculptures dans une étroite relation spatiale, il crée au sein de l’atelier des œuvres nouvelles
qu’il nomme groupes mobiles, signifiant ainsi l’importance du lien des œuvres entre elles et les possibilités de mobilité de chacune au sein de l’ensemble.
En 1922,
Brancusi n’a pu se rendre à
New York pour l’exposition Exhibition
Contemporary French Art où
vingt-et-une de ses sculptures sont exposées. Des photographies de la présentation de ses œuvres lui sont envoyées. Disposées contre les murs et mélangées à celles d’autres artistes, elles lui apparaissent comme des objets inertes tant elles ont perdu leur capacité d’expansion dans l’espace. Cet incident le conforte dans l’idée que l’atelier est un espace privilégié pour l’élaboration et la perception de ses sculptures.
A partir des années vingt, l’atelier devient le lieu de présentation de son travail et une œuvre d’art à part entière, un corps constitué de cellules qui se génèrent les unes les autres. Cette expérience du regard à l’intérieur de l’atelier vers chacune des sculptures pour constituer un ensemble de relations spatiales conduit
Brancusi à remanier quotidiennement leur place pour parvenir à l’unité qui lui parait la plus juste.
A la fin de sa vie,
Brancusi ne produit plus de sculptures pour se concentrer sur leur seule relation au sein de l’atelier. Cette proximité devient si essentielle, que l’artiste ne souhaite plus exposer et, quand il vend une œuvre, il la remplace par son tirage en plâtre pour ne pas perdre l’unité de l’ensemble.
Exposition jusqu'au 25 janvier 2011, de 14 h 00 à 18 h 00, Galerie de l'Atelier Brancusi. Entrée libre.